Manger ou être mangé

ASTRON 22 octobre 2020

Manger ou être mangé

Le cimetière est sans doute l’endroit renfermant le plus de trésor sur terre. Beaucoup avaient des projets, des idées à révolutionner le cours de l’histoire de l’humanité mais sont morts et enterrés avec. Ces personnes n’ont pas osé se lancer pour une unique raison… Plusieurs sombrent dans la dépression; plusieurs abandonnent ou n’osent même pas se lancer; pas mal se lancent mais abandonnent en si bon milieu de chemin.
La raison commune à tous ces échecs est la peur. Oui, la peur. La peur d’échouer, la peur de ne pas être à la hauteur, la peur des moqueries, la peur de tout perdre, etc. Bref  ! La peur est un sentiment propre à tout être humain. Et pourtant, certains l’ont tourné à leur avantage, dompté, apprivoisé, utilisé comme un tremplin pour leur réussite.

Alors si tel est le cas, le problème à considérer n’est pas la peur elle-même, mais l’attitude à adopter en la circonstance. D’où notre thème « manger ou être mangé ». Car si tu ne te lèves pas pour accomplir tes objectifs, quelqu’un d’autre t’utilisera pour atteindre les siens. Et là, tu risque d’être choqué, malheureux car il ne te caressera pas dans le sens des poils. « Comme j’ai toujours eu peur d’échouer, j’ai renoncé à des études longues et, aujourd’hui je le regrette » raconte Claire, 22 ans ».

Le courage, c’est d’avancer avec sa peur

Il ne s’agit donc pas d’ignorer nos peurs, mais d’avancer avec elles et d’aller de l’avant sans se laisser paralyser. « Quand vous passez le concours, explique un docteur à ses étudiants, vous avez peur et c’est normal. Ne vous dites pas que c’est nul d’avoir peur, mais quand vous arrivez à votre table le jour J, imaginez que vous posez votre peur sur la table devant vous et que vous l’enfermez dans une boite. Puis mettez mentalement la clé dans votre poche, et mettez-vous au travail. »

« Le vrai courage est bien de tenir ce qu’on a décidé de faire, avec sa peur », confirme le Dr Pascal Ide, prêtre, docteur en psychologie et philosophie. Les Anciens considéraient le courage comme une force d’âme qui permet d’accomplir ce qui est bon malgré la peur. Mais c’est une vertu qu’on peut tout à fait acquérir « .

Ne vous dites donc pas que vous êtes lâche, peureux, craintif(ve), nul(le) ou « pas cap », mais prenez plutôt, pas à pas, le sentier du courage.

Apprivoiser ses peurs, les regarder en face

Plutôt que de fuir, invitez votre peur à votre table et regardez-la en face. Au fait, savez-vous reconnaître les signaux corporels qui indiquent l’arrivée de cette invitée indésirable ? Gorge qui se serre, boule au ventre, cœur qui bat, mains moites, maux de tête… Chacun a ses alertes personnelles qu’il est utile de connaitre.

Mais au lieu de chercher à chasser ce mal-être, par exemple en allant faire la fête ou en rentrant dans votre coquille, acceptez de rester un peu avec vous-même : vous avez peur, oui, mais de quoi exactement ? Que craignez-vous ? Et d’où vous vient cette crainte ? Il n’est pas toujours aisé de le savoir car nos peurs les plus profondes viendraient de traumatismes vécus dans l’enfance et même dès le ventre de notre mère !

Pourtant, selon le psychologue Jacques Salomé, « derrière toute peur, il y a un désir » et « Il est donc possible de reformuler une peur. Possible en exprimant le désir ou le besoin qui en est à l’origine ». Par exemple, la peur de s’engager dans une relation amoureuse durable peut être due à un très fort désir d’indépendance et de liberté.

Regarder ainsi sa peur en face est la première marche, capitale, pour l’apprivoiser. Dans son livre « Chemin de traverse », Nicolas Hulot raconte ainsi comment à 18 ans, un soir de Noël, il découvre le corps. Celui de son frère, enroulé dans un tapis dans la cave sombre de son immeuble. Et comment le lendemain, il se force à redescendre dans cette cave, pour exorciser sa peur. Une expérience marquante qui lui permettra par la suite d’affronter bien d’autres peurs…

 

Fuir les projections de l’imagination

En général, nous avons peur d’une chose qui n’est pas encore là mais que nous craignons par avance. Certains sont maîtres dans l’art d’imaginer le pire et de décupler ainsi leur angoisse. Et l’on peut dépenser une énergie folle à se faire peur et à fuir les situations qui nous angoissent.

Plutôt que de nous projeter dans l’avenir, revenons au présent. Il comporte certes une part d’incertitude, mais nous laisse aussi une grande latitude pour agir positivement. Plutôt que de craindre toujours que la personne aimée lui vole sa liberté, Maxime peut par exemple essayer de mieux dialoguer avec elle pour construire un couple équilibré.

 

Multiplier les petits actes de courage

Après le premier pas, faisons en un autre, puis un autre.
Hantée par la peur d’être critiquée, Sandrine a développé une aversion pour le conflit. Dans son travail, elle « s’écrase », n’osant pas donner ses idées par crainte de déplaire à son chef de service. Mais à l’occasion d’un conflit, elle prend conscience de son malaise. Elle ose se joindre à une action collective. Puis elle ose parler en public dans une réunion. Peu à peu, elle se sent moins craintive, moins angoissée. Elle parvient même à s’exprimer paisiblement face à son chef sans perdre ses moyens. En se libérant de ses peurs, elle prend confiance en elle et laisse même germer certains talents.

Pour grandir en courage, pas besoin donc d’être un Rambo ou une Superwoman : exerçons-nous à poser de petits actes, à affronter de nouvelles peurs, fixons-nous de petits « challenges-courage » qui nous aident à progresser et exerçons-nous, surtout, à être fidèle à nos valeurs dans les choix de la vie ordinaire.

« Les grands héros ou les martyrs ne sont pas forcément des gens plus courageux que les autres au départ, mais le don de leur vie est préparé par tous leurs petits actes de courage quotidiens, souligne Pascal Ide. Et, finalement,  il devient naturel pour eux de ne pas mettre l’amour de leur propre vie, de leur bien-être ou de leur sécurité au-dessus de leur idéal ».

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